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Le voyage à Blue Gap (2011)

voyage à Blue GapLe Voyage à Blue Gap P.O.L (mai 2011) 

Ma fille a épousé un Indien navajo. Elle m’a annoncé la nouvelle un soir d’avril 2006. Elle connaissait Scott depuis neuf mois, l’avait rencontré à l’université et viendrait passer trois semaines avec lui en France durant les vacances d’été. Si je voulais savoir, avant cela, à quoi ressemblait mon gendre, je pouvais regarder Sunchaser de Michael Cimino où il avait joué, une dizaine d’années auparavant, l’un des sept cavaliers accompagnant le troupeau de mustangs croisé par les héros un peu avant la fin du film, l’Indien qui parle, a-t-elle précisé. Puis elle a raccroché. Il était midi au Colorado, vingt heures à ma montre. J’ai loué le DVD le soir même…

Le  précédent roman de Patrice Robin, Le Commerce du père, clôturait un cycle de 5 livres où il avait tenté de répondre à cette question : Comment devient-on ce que l’on désire être, ce qu’il est vital que l’on soit ? Contre quoi, contre qui, avec qui ? Ce cycle est achevé parce qu’il a semblé à l’auteur avoir réussi à faire justement de ce « contre qui » un « avec qui » en intégrant les carnets de commerce de son quincaillier de père dans son dernier livre, sa « littérature » dans la sienne, en s’unissant au cœur de ce qui les avait séparés. Avec Le Voyage à Blue Gap, il a voulu s’éloigner du travail d’« autobiographie rapprochée » qui l’a occupé jusqu’à présent, bref aller voir ailleurs si il y est un peu moins, voyager justement, vers « l’autre ». L’autre, ici, est un Indien Navajo, mari de la fille du narrateur. Ce dernier va leur rendre visite dans l’Ouest américain à l’heure même où, dans l’Ouest français, il vient d’apprendre que sa mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Voyage d’un ouest rural vers un autre ouest rural, voyage dans la mémoire indienne, encore vive, et dans celle maternelle qui s’efface, voyage dans l’étrangeté des paysages de la réserve pour se mesurer à l’étrangeté de la maladie, voyage au cœur d’une famille navajo et de ses coutumes, voyage intérieur à la recherche d’une autre maison où s’abriter quand les fondations de la « maison-mère » commencent de doucement s’effondrer, voyage, malgré tout, vers l’avenir.

Le film Sunchaser , de Michael Cimino, est sorti en 1996. Il se passe dans une réserve d’Indiens navajos. On y chercherait en vain, au casting, un prénommé Scott, cavalier de fiction, devenu le gendre du narrateur de Voyage à Blue Gap. Scott vient passer des vacances en France avec sa femme Louise. Ensuite, le père de Louise se rend là-bas, à Blue Gap. Il découvre, entre autres, le destin tragique des Navajos, massacres et déportations. Il pense aussi aux films de John Ford. Entre ce va-et-vient, sa mère décline. Le roman n’est pas qu’un salut au cinéma, à la photo, à l’enfance. Il révèle, par une série de brefs chapitres, agissant comme champs et contrechamps, l’amour qui lie les personnages, la mémoire qu’ils cherchent. Chaque monde éveille l’autre en le caressant. Le regard indien permet à Patrice Robin de revenir vers son univers provincial, douloureux, muet. Dans les deux cas, les rites sont des procédures de compréhension, de conciliation et, pour l’auteur, de narration. Philippe Lançon, Libération, 16 juin.

La presse écrite:

LES INDIENS NE SONT PLUS LOIN – Politis (30 juin 2011)
BRECHE BLEUE – Le Figaro Littéraire (9 juin 2011)
Libération (16 juin 2011)
Liberté Hebdo (29 juillet 2011)
Le français dans le monde (septembre-octobre 2011)
Cahier Critique de Poésie (mars 2012)
Libre Critique (18 mai 2011)

Sunchaser – Escaping the police

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France Culture « Jeux d’Epreuves » Samedi 16 juillet 2011